Fashion Week de Paris: opening Hermès

July 12, 2020

En ouvrant la première semaine de la mode virtuelle de Paris avec une performance live, Véronique Nichanian et Cyril Teste humanisent le numérique. Un enchantement.

De longs travellings, des plans qui s’enchaînent, des images qui se poursuivent dans le reflet des miroirs ; des garçons qui rient, bougent et vivent ; des techniciens qui les suivent ; des voix off qui rythment les séquences ; une femme qui sourit, ajuste un pli, une manche, un détail, approuve une allure, corrige un détail : l’opus imaginé pour la collection masculine été 2021 d’Hermès par Véronique Nichanian – cette femme qui aime rendre les hommes plus beaux –, avec Cyril Teste – metteur en scène à qui l’on doit entre autres sur les planches parisiennes Festen et Opening Night – est une ode à l’élaboration d’une collection et au-delà au processus de création.

Ce chant amébée a pris la forme d’un film d’un peu plus de sept minutes dévoilé sur la plateforme de la Maison le dimanche 5 juillet à 14 heures ; une performance à dire vrai, tournée en direct dans les ateliers de Pantin qui regroupent les savoir-faire des artisans.

L’Homme Hermès été 2021 © DR

Une manière de montrer la dynamique d’une proposition de mode, et son inscription tout autant dans une continuité historique que dans un environnement réel – un plateau où l’on travaille. Tout innove dans cette alliance souriante de deux francs-tireurs qui semblent s’être bien amusés : Véronique Nichanian comme Cyril Teste ne cessent de jouer des lignes dans leurs domaines respectifs, elle en recomposant saison après saison le vocabulaire et la palette de l’Homme ; lui en faisant de la caméra un acteur à part entière.

l’Homme Hermès été 2021 © DR

L’émotion qui jaillit tient à la fluidité et donc à la vérité de cette œuvre hybride : fluide la collection dominée par les bleus, cravachée par des jaunes fluo, éclairée de craie et de silex, parsemée de références aux chemises d’homme ; fluide cette nonchalance sophistiquée qui est la petite musique de la créatrice et dont elle modifie toujours les tempi, posant pour l’été 2021 l’épure et la superposition en motifs mezza voce.

Fluide, la mise en abyme proposée par l’homme de théâtre, qui refuse les effets gratuits tout en reflétant la complexité de la création. Peu de mots dans ces minutes comme volées au temps : comme le motif camouflé dans la trame d’une chemise, l’éphémère du moment est saisi pour toujours par la caméra, quand la caresse du piano répond à la sensualité des peaux sur la peau. Soudain, le virtuel s’humanise. La vie numérique peut être séduisante

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