Fashion Week: à fond la forme

mars 7, 2021
Pret-à-porter Femme Automne Hiver 2021-2022 Rick Owens

Rick Owens, Loewe, Nina Ricci: trois collections du prêt-à-porter féminin 2021-2022 présenté à Paris, qui jouent des volumes et du graphisme.

Tremblez, fichus variants, divers et avariés. De stupéfiantes mutantes ont débarqué, dévoilées jeudi soir par ce grand sorcier de la mode qu’est Rick Owens dans une vidéo grandiose comme le sont tous ses shows. L’affaire dure dix-huit minutes (au moins deux fois plus longtemps que de la plupart des autres propositions) et vous propulse dès l’entame (un long plan sur une silhouette filmée de dos) sur une autre planète, à partir d’un embarcadère de pierre qui donne sur la mer Adriatique.

La collection, indique un communiqué, est inspirée du jardin de Gethsémané, où le Christ pria le soir précédant sa crucifixion. Mais les filles ont l’air sur un chemin de conquête plus que de croix, protégées par de longs masques et, surtout, d’immenses doudounes qui, ouvertes, flottent au vent comme des sortilèges, des capes ou mini-blousons que des épaulettes transforment en carapaces futuristes, aux échos de comics (Batman), et elles sont grandioses en combinaisons zentai zippées, en robes longues entravées, lacérées ou comme sculptées, avec une esquisse d’aile à l’épaule. La maîtrise technique est évidente, la précision à couper le souffle, à commencer par celle des drapés dont Owens est coutumier et qu’il accentue là avec lyrisme. S’y ajoutent les jeux de proportions et de volumes (avec feu d’artifice côté doudounes, déclinées du cocon surgonflé au manteau à traîne en passant par le micro-blouson à manches démesurément longues), de matières (mention aux bodys lamés incendiaires détournés en sur-tops), et de couleurs (taupe, crème, gris ardoise, parme, vert bouteille…). L’ensemble relève du beau bizarre, fascinant et émouvant, nous fait penser aux images de Mars envoyées par Perseverance.

Kaléidoscope

Loewe, vénérable maison madrilène fondée en 1846 est, elle, bien plus terre à terre, ancrée dans ses savoir-faire hors pair. Mais sous la houlette de l’Irlandais Jonathan Anderson, aux manettes artistiques depuis 2013, elle est devenue un laboratoire à idées, souvent reprises par d’autres, et cette nouvelle collection présentée vendredi pourrait, par exemple, lancer une tendance à l’arrondi. Les épaules le sont, certaines manches aussi (ballons), idem certains pantalons, les cercles brodés qui ornent des tops, les belles bottines à boucle. Et le rond fait aussi motif – même la coiffure du mannequin Freja Beha Erichsen est bombée. Mais la ligne d’Anderson est multiple pour cette salve très graphique qui convoque aussi des lignes mondrianesques et des motifs psychédéliques, avec abondance de couleurs vives, on prend un shoot d’optimisme, d’ailleurs Anderson parle de «thérapie par la couleur».

Les grands manteaux à manches ballons et pans asymétriques vous posent une silhouette, les tailleurs-pantalons larges et courts sont emballants, notamment en version noire rebrodée d’éclats de pierre aux genoux, une robe noire à un pan et une manche blancs donne envie de repartir illico dans les années 1970. Elle est portée avec des bottines qui mixent gros mocassin et chaussette, la silhouette y gagne un peps boyish, raccord avec le goût d’Anderson pour le «dégenrement» des vestiaires. Anderson qui affirme que «faire des vêtements est passionnant ces temps-ci, dans ce contexte si restrictif, parce que vous pouvez fantasmer quelque chose qui peut devenir réalité, les opportunités abondent, notamment celle d’une renaissance sur les cendres». Il gage que la jeunesse sera aux avant-postes du mouvement, avec effervescence des sous-cultures, tout en louant l’écrivaine Danielle Steel, 73 ans, usine à best-sellers dont il salue la capacité à toucher un public de masse. Comme sa collection, Anderson est un kaléidoscope.

Twist

Chez Nina Ricci, le duo néerlandais Rushemy Botter-Lisi Herrebrugh poursuit une approche à la fois poétisante et pragmatique, et complètement praticable. Grâce à eux (qui développent en parallèle Botter, un label de mode masculine), la marque jusque-là plutôt girly a gagné leur relief et en humour. La féminité qui en émerge est plurielle, hybride et évolutive – d’aujourd’hui, en somme. La présente collection dévoilée vendredi est réduite (29 looks), délibérément expliquent-ils, «la période que nous traversons pousse à revenir aux fondamentaux, et rappelle la nécessité de se concentrer sur ce qui compte». Des pièces indiscutables comme le duffle-coat, le tailleur-pantalon, la grande parka, notamment. Ça n’empêche pas le twist qui fait la différence : le duffle-coat intègre une écharpe XXL, ose un imprimé à chevrons vert péridot, le tailleur en tweed pêche bien ajusté et qui tombe loin du pied est sexy l’air de rien, la parka est à la fois passe-partout et opulente, par sa grande capuche fourrée. Certaines pièces sont carrément spectaculaires, comme les ponchos-cocons boutonnés ou les vestes seconde peau cousines des tenues de plongée.

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