Gabrielle Chanel. Manifeste de mode

octobre 1, 2020

Gabrielle Chanel s’expose du 1er octobre 2020 au 14 mars 2021 au Palais Galliera. A cette occasion, nous nous sommes entretenus avec Véronique Belloir, co-commissaire de l’exposition, et Sandra Courtine, co-scénographe.


Quel est l’angle retenu pour cette première rétrospective Gabrielle Chanel organisée à Paris ? Que signifie pour vous cette idée de « manifeste de mode » qui est le titre de l’exposition ?
Véronique Belloir – Faire le point sur la couturière pour tenter de comprendre ce qu’est ce fameux style Chanel et pourquoi encore aujourd’hui elle est une référence en matière de mode, symbole du chic désinvolte, de l’allure, du style, quelque chose d’indéfinissable mais d’essentiel pour la mode à Paris. 
Manifeste de mode fait référence à deux moments importants où Gabrielle s’inscrit de façon radicale contre la mode de son temps. Tout d’abord dans les années 1910 lorsqu’elle propose une vision nouvelle de l’élégance féminine fondée sur des principes tels que le confort, la simplicité, la liberté de mouvement et le naturel. Le second moment correspond à son retour en 1954 lorsqu’elle propose son tailleur qui est la synthèse des principes qu’elle met en place pendant la première partie de sa carrière.

Vous avez opté pour une partie chronologique, puis thématique. Comment avez-vous pensé le parcours de l’exposition? 
Le parcours à la fois chronologique et thématique s’articule autour de notions caractérisant le travail de Gabrielle Chanel. Certaines de ces notions tels que la simplicité, la jeunesse, le mouvement, sont mentionnées de façon unanime par la presse et ce, dès le début de sa carrière. Nous avons aussi tenté de mettre en lumière  la constance de ses positions et combien les créations de Chanel, vêtements, cosmétiques, accessoires, bijoux, forment un tout et participent à l’unité de son style. (Véronique Belloir) 

Et sa scénographie avec Sandra Courtine et Dominique Brard?  
Sandra Courtine – Pour la scénographie de l’exposition, nous avons voulu explorer le goût de la mise en scène de Gabrielle Chanel en réinterprétant ou amplifiant certains codes Chanel comme les paravents et les issues dissimulées de l’appartement Rue Cambon, le goût des triptyques, la ligne acérée, les fragments de miroirs, la laque profondément noire… Tous ces éléments sont déclinés au fil de l’expo, détournés, remodelés, adaptés de façon différente dans chaque salle. 
L’exposition est portée par la double intention de retracer sur deux niveaux le style créé par Gabrielle Chanel, et de révéler au public les nouvelles salles d’exposition du rez-de-jardin du Musée. 
La scénographie s’autorise alors à dissimuler les décors du rez-de-chaussée habituellement très présents, pour mieux faire découvrir les salles voûtées du rez-de-jardin. 
Pour la présentation des œuvres, nous avons travaillé à les rendre uniques soit par l’unicité soit par la multiplicité. 
Par exemple, nous avons mis en majesté le premier flacon No 5 dans une salle et la broche comète dans une autre. Ces deux salles se répondent esthétiquement et spatialement. 
La multiplicité peut aussi rendre l’objet unique comme dans la Galerie des Tailleurs ou avec la longue table des bijoux. 
Dans d’autres salles, nous avons joué avec la symétrie de l’architecture et la radicalité de la scenographie pour créer de la féerie comme dans la salle finale inspirée de l’année dernière à Marienbad. 
Par des portraits projetés, la présence continue de la créatrice ponctue le parcours tout en confirmant la personnification de son style. Nous évoquons les choix toujours incisifs de Gabrielle Chanel par la radicalité d’une scénographie rectiligne, affûtée et précise contenue dans un écrin tour à tour ivoire ou noir. 

A cette occasion, vous présentez dix portraits photographiques de Gabrielle Chanel. Que pouvez-vous nous dire de la relation de Chanel à la photographie et plus généralement à la présentation de soi? Pourriez-vous choisir un portrait et nous le commenter?
Véronique Belloir – Gabrielle Chanel consacra sa longue vie à créer, perfectionner et promouvoir une nouvelle forme d’élégance fondée sur la liberté de mouvement. Elle est la première à incarner son propre style. Ses poses transmettent cette idée de naturel et de désinvolture, qui caractérisent sa mode. 
Sur le premier portrait de Kertész, où on a l’impression qu’elle ne se sait pas photographiée, elle montre un autre visage, plus authentique, elle ne pose pas. C’est peut-être la seule image que l’on connaisse de ce genre.

André Kertész. Coco Chanel – Années 30 André Kertész. Coco Chanel in 1930s © Ministère de la Culture – Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / André Kertész

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