Haut les mains: Jean Philippe Burucoa (Chanel)

octobre 5, 2021
Crédits photos : Laurence Benaïm

À chaque fois qu’on arrive dans la maison Chanel, on a l’impression qu’un étage s’est construit, que de nouveaux couloirs, de nouveaux bureaux, n’en finissent pas de relier la rue Cambon et la rue Duphot. Derrière la porte noire « Jean Philippe », accessible par badge uniquement, les grandes tables de travail blanches tranchent avec les Stockman très pop entièrement tendus de toiles en couleur, rose, bleu, jaune, « le test pour les apprentis ». Nous sommes dans le troisième atelier prêt à porter, celui de Jean Philippe, qui résume son parcours en trois phrases bien tranchées : « A 8 ans, j’avais trois rêves, entrer chez Chanel, voir des taxis jaunes, et faire un voyage en Orient Express ». Il s’en souvient comme si c’était hier : « petit, je cousais, je récupérais des morceaux de tissus, et puis j’ai commencé à faire des classeurs, cela m’a construit ». Rangé sous une table de coupe, l’objet est là, et les articles glissés dans les pochettes à œillets, les pages de publicités avec Inès de la Fressange, racontent une passion. L’énergie est palpable, la joie, intacte. Entré il y a vingt-deux ans dans la maison, il assure : « La première fois que j’ai fait une blouse, elle est sortie de ma tête, de mon cœur, de mes mains. Enfin dans mes mains, il y a tout ce que je suis ». Quand il parle de ses mains, Jean Philippe Burucoa (« tête », « fichu », « chef de file » en basque), parle de toutes les autres, celles qui prolongent le travail, ne « gardent » pas pour elles un tailleur par exemple, mais s’affirment d’abord polyvalentes. « La main, c’est transmettre. Je veux qu’on soit des acrobates ». Les tissus lui parlent. À chaque collection, ils sont de plus en plus légers, « c’est souple, ça bouge, ça vit » précise-t-il, en effleurant cette résille de jais nouée d’un ruban de satin noir. Du tweed, « aussi malléable qu’un chewing gum », il dit qu’il faut tout de même « maîtriser » sans le « feutrer » au repassage. Quant au jersey, il peut être « compliqué à piquer ». C’est sans compter les satins cuir et le périlleux exercice des poches passepoilées.  « Je touche le tissu, et je me demande ce qu’il me dit, à chaque fois c’est une autre histoire ». Il existe une expression pour le fameux tailleur maison, on dit qu’on le prend « en peau de lapin », un tweed, une doublure, qu’on retourne, pour ne pas avoir d’ourlet et passer la fameuse chaine d’or qui donne à la veste son aplomb. Le « 5 pièces », la veste donc, ce sont, des poches à l’encolure, vingt morceaux, douze jours de travail pour la mise au point du modèle… Et donc trente paires de mains à coordonner : « Je joue au chef, je n’ai plus les mains dans la matière. Mais si je les perdais, ce serait la fin de ma vie ». @laurence-benaim

Crédits photos : Laurence Benaïm

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