Interview de Messalina Mescalina, muse de GAMUT

juillet 12, 2020

Dans le cadre de la Paris Fashion Week Online, GAMUT dévoile KEROSENE PARTY, une vidéo réalisée en collaboration avec la réalDans le cadre de la Paris Fashion Week Online, GAMUT dévoile KEROSENE PARTY, une vidéo réalisée en collaboration avec la réalisatrice Raquel Garcia, le chanteur et producteur Jazzboy et la drag queen Messalina Mescalina, qui se raconte à travers cinq personnages, cinq facettes de sa personnalité. Muse historique du collectif GAMUT, Messalina Mescalina y livre ses frustrations, ses envies, ses obsessions, et dessine en creux le portrait d’une femme en guerre contre les diktats normatifs, par le biais d’archétypes hybrides :businesswoman prédatrice, dandy ambigü, baigneuse masquée, sorcière sur tapis rouge…  

Quand elle ne performe pas, Messalina Mescalina, c’est Joe. Et Joe a beaucoup de choses à raconter. Le collectif GAMUT a décidé de lui donner la parole. 

Bonjour Joe. Raconte-nous comment tu t’es mise au drag.  

Adolescente, je dessinais beaucoup, j’écrivais. J’ai commencé le drag il y a cinq ans. À l’époque, je ne m’étais pas encore révélée en tant que femme. J’ai commencé avec un ami, en lui empruntant son maquillage. Dès le début, je voulais être “la pauvre fille” : j’étais agacée par toutes ces drag queens belles et riches — ou du moins qui voulaient le faire croire. Il n’y pas qu’un seul genre de femme. Mon objectif en tant que drag queen, c’était de représenter autre chose que la beauté, la jeunesse et la richesse. Petit à petit, j’ai eu envie de monter sur scène pour raconter des histoires sur la misogynie, la transphobie… Le drag m’a permis de comprendre que j’étais une femme. Et cette prise de conscience a fait évoluer mon discours et ma pratique artistique. 

Le drag a-t-il agi comme un révélateur de ton identité de femme, ou comme un moyen d’apprivoiser ta dysphorie de genre ?  

Avant le drag, j’étais mal entourée, je m’étais emmurée pour me protéger. Puis j’ai commencé à sortir en drag ; je portais des vêtements reconnus comme “féminins”, je me faisais genrer au féminin… C’est cette expérience-là qui m’a permis d’ouvrir la porte, de me démurer. Le fait d’avoir choisi une personnage (sic) laide, voire monstrueuse, c’était une manière de me protéger d’une prise de conscience de mon identité de femme peut-être trop frontale à ce moment-là. J’avais de grandes difficultés à me trouver belle. Pour moi, il était peut-être plus facile de se mettre dans la peau d’une femme monstrueuse que dans celle d’une femme tout court. Au bout de deux ans, je me suis rendu compte que dans ma vie de tous les jours, je ne me sentais pas appartenir à la catégorie des hommes. Quand on me genrait au féminin, j’avais l’impression qu’on s’adressait vraiment à moi. J’avais passé des années à me construire des barrières de protection, face à cette société qui rend très difficile le parcours des personnes qui se découvrent du genre opposé à celui qui leur a été assigné à la naissance. Mais à un moment, j’en ai eu marre, j’étais à bout, je n’avais plus rien à perdre : j’ai passé le cap. Aujourd’hui encore, même dans les soirées dites “queer”, je m’aperçois qu’on genre plus facilement une drag queen au féminin qu’une femme trans qui choisit de ne pas suivre de traitement hormonal ou qui ne porte pas de maquillage. Sans oublier les gays qui parlent d’eux-mêmes au féminin, notamment pour s’insulter, peut-être sans se rendre compte que leur discours est misogyne. “T’es conne, salope”, ces mots-là, j’ai du mal à les entendre, surtout quand ils sont prononcés entre deux hommes. 

Entretiens-tu un rapport particulier à la mode ou au vêtement ? [Saut de retour à la ligne]Dans ma pratique artistique, le vêtement est une méthode d’illusion pour tromper la forme originelle du corps et pour installer l’ambiance d’un personnage. Un peu comme un décor, au final, qui permet d’identifier clairement ce que je vais raconter ce soir-là. Selon les performances, je ne raconte pas la même histoire. Et dans ma vie personnelle, la mode me permet de montrer mon humeur. Quand ça va, je porte des vêtement dorés et estivaux, et les jours où j’ai envie de brûler tout le monde, je m’habille en noir. En soirée, quand j’ai envie qu’on me laisse tranquille, je m’habille de manière plus outrancière. Alors que dans la rue, en journée, je suis plus discrète et je passe en mode “survie”.  

Dans la vidéo GAMUT, tu incarnes d’ailleurs plusieurs personnages…  

Oui, c’était l’idée principale de ce projet : incarner plusieurs facettes de Messalina, faire aboutir ces cinq personnages par le biais d’une collaboration sur l’image, la mode, les maquillages, la coiffure… Il y a la “Femme féline”, le personnage dans lequel je me sens le plus à l’aise quand je suis en drag. Puis la “Femme de la forêt”, une sorcière en dehors des attentes sociales, brute, sans artifice, une sorte de pied de nez aux TERFs et aux féministes essentialistes — selon lesquelles mon traitement hormonal aurait quelque chose d’anti-naturel, alors que mon corps assimile les hormones et les intègre dans son métabolisme. On ne peut pas contrôler l’effet des hormones sur le corps. Au fond, cette seconde puberté est légitime et hyper-naturelle. Ensuite, le drag king : comme pour jouer avec les genres, m’amuser du mégenrage et dédramatiser toutes les manifestations de transphobie auxquelles j’assiste. La “Femme sur le balcon”, c’est juste moi : pas un personnage drag. Le dernier personnage, “les Masques”, découle d’une performance que j’ai souvent donnée à mes débuts — liée à l’anonymat, à la déformation du visage. Personne ne peut m’y reconnaître. 

Des icônes, des muses ?  

J’adore le rap. Deux rappeuses ont eu un effet “levier” sur moi : Christeene (Vale) — une personnage queer, trash, destroy, défoncée… Quand j’ai découvert ses clips, je me suis prise une claque. Je me suis dit : “j’ai le droit de faire ça. On a le droit de ne pas être (que) belle”. Et Mykki Blanco.  

D’un point de vue purement esthétique, je suis sensible aux beautés froides de Nicole Kidman ou Eva Green. J’aime beaucoup la chanteuse Emily Wells. J’ai passé mon adolescence à mater des films — certains personnages m’ont durablement influencée. Dans les films d’horreur, la “pauvre fille qui se venge”… Dans les groupes de filles, celle qui tient le sac à main de sa copine aux toilettes, ce genre de filles dévalorisées, à l’arrière-plan. Je rigole souvent sur le fait que je suis la reine du photobombing. J’aime pas me mettre en avant, je préfère être derrière, troller l’arrière-plan. 

Dans notre vidéo, tu es au premier plan… 

La vengeance de la photobombeuse ! 

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