Joseph Altuzarra: «Proposer une idée décadente du confort»

mars 9, 2021

« Coincé à la maison, j’ai regardé beaucoup de films d’Hitchcock, et j’ai été marqué par la manière dont les décors sont presque des personnages, raconte Joseph Altuzarra par Zoom, la veille de la diffusion de sa vidéo de collection, ce samedi. Les acteurs y sont très élégants lorsqu’ils sont chez eux à ne rien faire de spécial. Ce qui m’évoquait forcément la période actuelle, mais aussi ces gens très habillés, photographiés chez eux pour des magazines comme Architectural Digest…»

Un croisement de références qui a donné naissance à une collection placée sous le signe d’un «confort presque décadent.» « Je voulais évoquer cette idée très romantique de s’habiller, tout en étant comme prisonnier chez soi, ce qui explique la teinte légèrement mélancolique de la vidéo et des photos. La femme Altuzarra, cette saison, est exceptionnellement assez solitaire…» Chaque photo, ainsi, représente une femme seule, dans une pièce d’un intérieur new-yorkais. Elles portent des robes de maille longilignes, élançant la silhouette. Portées avec des gants longs en cachemire, celles-ci évoquent la tenue que l’on pourrait porter pour rester chez soi à regarder un opéra à la télévision. Des manteaux amples très enveloppants se déclinent en carreaux, en cachemire double face, avec de grands cols et capuches. Les superbes robes de cuir, parfois plissées, épousent les formes du corps, marquent la silhouette.

Au contraire, les costumes larges (mais pouvant, pour certains, se resserrer à la taille), font la part belle au confort. Des imprimés abstraits, créés par tie & dye ou suivant la technique ancestrale japonaise du shibori (née au VIIIe siècle), rehaussent la palette de couleurs en y insufflant différentes teintes de bleu, de l’orange, du rouge. « Pour la première fois, j’ai créé à partir de collages évoquant les ailes de papillon. Ces techniques nous ont permis de leurs motifs. Je suis fasciné par le passage du cocon au papillon : la libération, cette explosion de couleurs, de joie.»

« Je suis toujours très inspiré par la littérature et la lecture, cette activité solitaire mais qui vous ouvre au monde et aux autres», explique Altuzarra, citant notamment Virginia Woolf et son Mrs. Dalloway. Un roman dans lequel une femme de la haute société britannique s’interroge sur ses choix et son identité, révélant la riche vie intérieure d’humains seuls dans une grande métropole… Ça ne vous rappelle rien? « La philosophie et la réflexion de ce livre ne sont pas à proprement parler visibles dans le vêtement, mais il est certain qu’il a inspiré l’esprit de la collection.»

Entre les différents aspects d’une vie intérieure (au sens propre comme au figuré) et la perspective de quitter son cocon et profiter de la libération dans une effusion de joie, le vestiaire d’Altuzarra met le doigt sur bien des obsessions de l’époque… Ce qui séduit son

public. « Nous avons déjà vendu cette collection, et constaté que les acheteurs, comme nos clients, ont envie de s’habiller, de sortir, et de porter des pièces plus optimistes, plus émotives, et de remiser au placard les survêtements.»

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