KENZO TAKADA

octobre 5, 2020
Kenzo Takada (né en 1939), couturier japonnais, chez lui en 1978. © Jean-Régis Roustan/Roger-Viollet

« Je suis arrivé à la gare de Lyon le soir du 1er janvier 1965. Il faisait nuit, et la gare était vieille, sale, noire. J’ai pris un taxi et ma première impression de Paris a été lugubre, sombre. Il n’y avait aucune lumière ni son, seulement des grands immeubles tout gris. Pourtant, c’était Paris, la capitale de la mode, la ville de mes rêves ». C’est ainsi que Kenzo Takada, né le 27 février 1939, à Himeji, au Japon, racontait ses débuts dans la capitale. C’est en vendant cinq dessins à Zizi, l’épouse de Louis Féraud, que tout a commencé… « J’étais aux anges ». Kenzo va vendre d’autres dessins à Elle, puis au Jardin des Modes, au Printemps, aux Galeries Lafayette. Une histoire commence. Comme il n’a pas d’argent, il peint lui-même les murs de sa première boutique. Jungle Jap is born. C’était il y a cinquante ans. Et rien, pas une ride, pas une poussière ne vient ternir cette joie. Elle est restée intacte, compressée dans un prénom devenu une griffe. Kenzo, c’est l’homme qui rit. Celui qui, en chemise de satin et jean, va faire tourbillonner la capitale, et faire danser Loulou de la Falaise et les autres sur les tables. C’est lui qui remet le chant de la terre en ville.  En lui imposant ses cotons matelassés fleuris, ses pavots géants, ses fleurs rouges et roses, cette manière de célébrer la tradition dans un grand éclat de vie. Détournements majeurs du cœur.  Pour construire en liberté une robe de mariée avec des rubans de toutes les couleurs.  Un modèle jamais vendu mais qui a lancé la mode des jupons, dans un tourbillon de folklores que l’époque ne censurait pas, au nom de l’appropriation culturelle.  « Paris m’a donné la liberté de vivre et de créer » assurait celui qui choisit de s’offrir ses premiers trésors, des disques d’Aznavour et de Sylvie Vartan, et puis une place pour aller écouter la Callas à l’Opéra.  « Aujourd’hui, il s’est passé quelque chose de merveilleux », écrivait Kenzo Takada à sa mère, en avril 1965. « Paris est une ville où il y a beaucoup de fleurs. Toutes les boutiques des fleuristes sont emplies de belles fleurs. Il y a beaucoup de fleurs que je n’avais jamais remarquées à Tokyo, comme les anémones, les mimosas et d’autres encore dont j’ignore le nom. Quand je passe devant un fleuriste, je me sens tout guilleret. C’est très chic. J’ai mis plein de fleurs dans ma chambre. Je vais bien, Maman ». 

(1) Kenzo Takada, par Kasuko Masui et Chihiro Masui, le Chêne, 2018

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