L’art de la transformation

septembre 27, 2021
Miniature dite « à transformation » dans son étui, Flandres, vers 1650. Huile sur cuivre et reproduction de feuilles de mica ; étui en veau travaillé en chevrons. Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris

Ce précieux écrin recouvert de cuir révèle un XVIIe siècle étonnant. Il renferme le portrait d’une jeune fille accompagné de seize fines lamelles de mica (ou talc) sommairement peintes qui, par superposition, la transforment en figure de fantaisie, anversoise ou anglaise, religieuse, reine, homme moustachu, oriental, etc. 

Miniature dite « à transformation » dans son étui, Flandres, vers 1650. Huile sur cuivre et reproduction de feuilles de mica ; étui en veau travaillé en chevrons. Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Miniature dite « à transformation » dans son étui, Flandres, vers 1650. Huile sur cuivre et reproduction de feuilles de mica ; étui en veau travaillé en chevrons. Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris

Probablement issu d’un atelier des Flandres qui, à partir des années 1640, en a diffusé les exemplaires – dont certains à caractère politique –, ce fragile objet de cour est similaire aux boîtes ovales ornées d’une miniature de l’être cher retenu à la taille par des rubans aux côtés de petits miroirs ou montres. Le jeu sur l’identité que l’on cache, sur lequel il repose, n’est pas sans évoquer les faces en velours noir garantissant l’incognito ou les éventails percés de deux orifices pour les yeux permettant de dissimuler son visage, mais il apparaît ici plus subversif en modifiant le sexe ou le rang social. L’époque semble à l’heure féminine : Anne d’Autriche assure la régence, Christine est reine de Suède, on représente les femmes « fortes » ou illustres de l’histoire comme chez La Meilleraye à l’Arsenal, tandis que les Frondeuses et Précieuses tiennent salon. Paradoxalement on se moque de l’inconstance et de la duperie qu’on leur prête ainsi que des humeurs instables dues à la lune. On dénonce, comme Pascal, les artifices « des reines de village » à l’instar de gravures misogynes : dans l’une d’elles la lettre précise que pour la belle « la seule apparence est la perfection d’un sexe plein de fard ». 

Miniature dite « à transformation » dans son étui, Flandres, vers 1650. Huile sur cuivre et reproduction de feuilles de mica ; étui en veau travaillé en chevrons. Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Miniature dite « à transformation » dans son étui, Flandres, vers 1650. Huile sur cuivre et reproduction de feuilles de mica ; étui en veau travaillé en chevrons. Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris

Ce jeu sur la transformation, bien connu à Paris, rejoint celui sur les mots ou les devises, alors très en vogue ; il est évoqué par Mlle de Montpensier en 1658 pour illustrer le proverbe « qu’a belles gens tout sied bien », car finalement beauté et jeunesse triomphent quel que soit le masque donné par la Fortune. 

Par David Simonneau, assistant de conservation au cabinet des Arts graphiques du Musée Carnavalet – Histoire de Paris.

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