Le clip de Lanvin qui ravive l’âge d’or de MTV

mars 10, 2021

La rappeuse Eve en guest-star, une bande de filles qui se rêvent libres et riches dans un palace, une collection mixant esprit couture et l’hédonisme des années 1920… Le directeur artistique Bruno Sialelli encapsule, en 3 minutes 20, la modernité de la plus ancienne des maisons de couture au monde.

« Je voulais faire un clip parce que tant qu’à être privé de défiler, c’est selon moi le format le plus drôle et impactant pour raconter une collection. Alors j’ai commencé à écouter des centaines et des centaines de morceaux du début des années 2000 qui correspondent à mon adolescence. Jusqu’à ce que je redécouvre Rich Girl de Gwen Stefani avec Eve. C’est d’ailleurs grâce à cette chanson que j’ai découvert les noms de John Galliano et de Vivienne Westwood », confie Bruno Sialelli, le directeur artistique de Lanvin, qui, lundi matin, ouvrait le bal du calendrier des défilés, avec ladite vidéo, véritable time capsule des années MTV. C’est du pur Sialelli qui, depuis sa nomination il y a tout juste deux ans, a réussi à injecter une bonne dose de pop culture et de second degré à la plus ancienne maison de couture française.

C’est ainsi qu’il a filmé une bande de filles et de garçons débarquant dans un palace parisien (vide puisqu’on est plutôt dans le fantasme d’une jeunesse confinée que dans la vraie vie d’influenceurs richissimes), envahissant une suite de leurs sacs shopping bleu Lanvin, essayant les robes de cocktail et les bijoux fantaisie gros comme le Ritz (en l’occurrence, le Shangri-La Hôtel) et chantant, dans la salle de bains, en robes lingerie et fausses fourrures léopard : « If I was a rich girl / See, I’d have all the money in the world » (« Si j’étais une fille riche / Tu vois, j’aurais tout l’argent du monde »). Quand soudain, le téléphone sonne : c’est la chanteuse Eve, qui enchaîne son rap…

« J’ai toujours aimé l’idée de transformation, poursuit-il. Pour un petit provincial comme moi (il est né à Marseille), le vêtement a été le moyen de construire mon identité. Et à la fin de cette crise comme dans ce clip, la mode sera là pour accompagner les gens dans leur reconquête du monde, quand ils sortiront à une fête ou qu’ils se rendront à un événement culturel. »

Au-delà du tour de force de convaincre la rappeuse (filmée à Philadelphie) et de réaliser un clip aussi cool en une journée, le designer démontre en 3 minutes 20 qu’il a su saisir l’air du temps, le fameux « zeitgeist » comme disait Karl Lagerfeld, qui, on l’ignorait, est son modèle : « J’ai toujours été fasciné par sa capacité à mettre en scène, et en collection, plein d’influences plus ou moins élitistes, plus ou moins populaires au service des marques pour lesquelles il travaillait ». Parce qu’il n’est pas question pour le trentenaire de dévoyer le patrimoine de la maison.

Au contraire, il réactualise une certaine joie de vivre qui faisait le sel de la haute couture de Jeanne Lanvin dans les années 1920 (bouclant la boucle avec nos années 2020), à travers une réinterprétation de la robe flapper (popularisée par les garçonnes), un fourreau à nœud obi constellé d’étoiles (inspiré d’un modèle de 1924), ou en brodant à la poitrine d’une veste le

fameux logo d’Iribe datant de 1923, tiré d’une photo de Jeanne Lanvin et de sa fille Marguerite lors d’un bal. Et quand il sort de la période, comme avec ce merveilleux imprimé « lipstick » sorti d’un tableau de James Rosenquist du début des années 1980, c’est pour mieux vous raconter l’histoire de cette maison aussi connue pour ses cosmétiques.

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